Frexit : la France doit-elle quitter l’Europe ? François Asselineau face à Patrick Vignal
Débat de l’émission « Les Vraies Voix » sur Sud Radio, le 19 mars 2019, pendant la campagne des européennes. Vidéo publiée sur upr.fr le 19 mars 2019 par l’Union populaire républicaine (UPR), le parti fondé en 2007 par François Asselineau, qui fait de la sortie de la France de l’Union européenne — le « Frexit » — le cœur de son programme.
L’essentiel
- Le 19 mars 2019, l’émission « Les Vraies Voix » de Sud Radio organise un face-à-face sur la question « Faut-il un Frexit ? ». Il oppose François Asselineau, président de l’UPR et candidat aux européennes, à Patrick Vignal, député La République en marche de l’Hérault. Pendant toute l’émission, 89 % des votants sur les réseaux sociaux de la station se disent favorables au Frexit.
- Pour François Asselineau, les grandes décisions (suppression de l’ISF, privatisations d’ADP, de la FDJ, d’EDF ou de la SNCF) seraient dictées par Bruxelles. L’Union ne pourrait pas être réformée, puisque toute modification des traités exige l’unanimité. L’euro, enfin, appauvrirait les Français au profit de l’Allemagne.
- Patrick Vignal défend une « Europe forte, sociale et solidaire », capable de peser face à la Chine et aux États-Unis. Il met en avant les 30 000 entreprises exportatrices et Erasmus, et accuse le Frexit de mener au « village gaulois ».
- Le débat dérive sur l’absentéisme parlementaire lors du vote de la privatisation d’ADP et de la FDJ, puis sur l’échec des propositions européennes d’Emmanuel Macron.
Le cadre du débat
L’émission, animée par Christophe Bordet avec Philippe Bilger, Philippe David, Danièle Gilbert et Philippe Rossi, présente l’échange comme « la battle de la semaine ». Au moment de lancer l’hymne européen, François Asselineau parle d’une « captation d’héritage » : à ses yeux, cette musique n’a « aucun rapport » avec l’Union. Patrick Vignal, lui, dit l’apprécier beaucoup.
Asselineau : une politique décidée ailleurs
Interrogé le premier, François Asselineau répond que la situation de la France « va continuer à s’aggraver » tant qu’elle restera dans l’Union. Emmanuel Macron, qui venait de réunir des intellectuels à l’Élysée dans le cadre du grand débat, serait « entre le marteau et l’enclume ».
Il prend l’exemple de la suppression de l’ISF : selon lui, ce n’est pas Emmanuel Macron qui l’a décidée, mais la Commission européenne qui l’aurait exigée dans ses grandes orientations des politiques économiques (GOPÉ) de 2015. Ce même document demanderait aussi de réformer les retraites et de privatiser les services publics, EDF et la SNCF comprises. Il dit constater que les Gilets jaunes qui le rencontrent comprennent ce lien de cause à effet. Sa « tragédie », c’est que beaucoup de Français ne l’ont pas encore compris.
Sa conclusion est que la démocratie « n’a plus de sens » : on vote à droite ou à gauche, mais la politique reste imposée par la Commission, par les traités et par la Banque centrale européenne, qui gère l’euro.
Le Brexit et le précédent de 2005
Patrick Vignal invoque les difficultés du Royaume-Uni et parie que les Britanniques finiront par rester dans l’Union. François Asselineau le conteste : sortir de l’Union est « très facile », mais il est « très difficile d’obliger les européistes à respecter la démocratie ». Les représentants des 48 % qui ont voté contre le Brexit mettraient depuis deux ans et demi « des bâtons dans les roues » aux 52 % qui l’ont voté.
Il rapproche cette situation du référendum français de 2005 : 55 % des électeurs ont rejeté la Constitution européenne, que l’on aurait imposée trois ans plus tard « en changeant simplement le titre » pour la faire ratifier par le Parlement sous le nom de traité de Lisbonne. Il qualifie ce procédé d’« attaque contre la démocratie » et emploie, dans le feu du débat, le terme d’« euro-fascistes ».
Vignal : une Europe forte plutôt que le repli
Patrick Vignal affirme qu’il ne veut pas « tricher » : pour lui, « l’Europe, c’est l’union, c’est la force ». Il avance plusieurs arguments :
- 30 000 entreprises françaises exportent, et il faudrait selon lui rétablir passeports et visas pour circuler ou travailler au Royaume-Uni ;
- il se dit favorable à des frontières renforcées à l’extérieur de l’espace Schengen, pas à l’intérieur ;
- il veut une Europe « sociale et solidaire », dit être allé deux fois à la Commission pour obtenir des fonds en faveur des centres-villes et des centres-bourgs, et estime que les Gilets jaunes ont aussi besoin de l’Europe ;
- il souhaite que les jeunes puissent étudier ailleurs grâce à Erasmus et se veut « citoyen du monde » ;
- seule l’union permettrait de résister à la Chine, à ses 1,4 milliard d’habitants, et aux États-Unis, ou de taxer les GAFA.
Il salue la sincérité et l’engagement de son contradicteur, mais juge que celui-ci « ramène soixante-dix ans en arrière ».
Asselineau : une Europe impossible à changer
François Asselineau répond que, depuis quarante ans d’élections européennes au suffrage universel, tous les partis promettent de « changer l’Europe » et qu’une fois élus, on n’en entend plus parler. Or l’Union ne peut pas changer, puisqu’il faut l’unanimité des États membres pour modifier les traités. Elle est, selon sa formule de chimiste, le « précipité » de négociations successives entre 6, puis 9, 10, 12, 15, 25, 27 et 28 intérêts nationaux opposés. Elle est comme elle est « parce qu’elle ne pouvait pas être autrement ».
Quand Patrick Vignal lui fait remarquer qu’il se présente lui-même aux élections européennes et en toucherait l’argent, il rétorque que l’argent prétendument européen est celui que la France verse à l’Union. Il accuse aussi la majorité de vouloir transférer à l’Europe « ce qui reste de souveraineté nationale », en citant le député LREM Aurélien Taché.
Sur Erasmus, il réplique que la plupart des étudiants rêvent des États-Unis, de l’Australie ou de la Chine plutôt que du Luxembourg, et que les échanges doivent être mondiaux. Il rappelle que Montpellier, ville de son contradicteur, accueillait dès le Moyen Âge, dans son université de médecine, des étudiants venus du monde entier, bien avant l’Union européenne.
Sur la taxe sur les GAFA, il estime qu’un rendement attendu d’environ 500 millions d’euros est dérisoire comparé à ce que rapporterait le rétablissement de l’ISF, qu’il chiffre à plusieurs milliards et que réclament selon lui les Gilets jaunes. Il maintient que la suppression de l’ISF figurait dans les GOPÉ de 2015, ce que Patrick Vignal conteste en rappelant qu’elle était au programme d’Emmanuel Macron.
Les privatisations d’ADP et de la FDJ
Le débat se tend sur le vote, quelques jours plus tôt, de la loi autorisant la privatisation d’Aéroports de Paris, d’Engie et de la Française des jeux. François Asselineau y voit un « véritable scandale » : ADP et la FDJ rapportent beaucoup d’argent à l’État, et la plateforme aéroportuaire de Paris est un enjeu stratégique. Selon lui, cette décision serait imposée par les GOPÉ, comme la Grèce a dû vendre ses aéroports et sa loterie. Le président de la République ne serait plus que le « gouverneur de la province France » d’un pouvoir dirigé depuis Bruxelles et Francfort.
Il insiste sur l’absentéisme : le vote d’un samedi à six heures du matin aurait réuni quelques dizaines de députés seulement. Il énumère les absents de l’opposition (La France insoumise, la gauche démocrate et républicaine, Marine Le Pen, Nicolas Dupont-Aignan, Jean Lassalle, François Ruffin…) et affirme que leur présence aurait suffi à empêcher ces privatisations. Il reproche aussi à Patrick Vignal de n’avoir pas été là.
Patrick Vignal répond que l’Assemblée travaille surtout en commission et que les votes solennels sont ceux qui mobilisent l’ensemble des députés. Il propose une réforme : des semaines entières réservées à l’hémicycle et l’interdiction pour un parlementaire d’exercer une autre profession. Il juge son contradicteur « de mauvaise foi » et l’accuse de faire croire que « l’Europe fait tout ».
L’euro, une « monnaie de colonisation »
Sur l’euro, François Asselineau affirme que la monnaie unique a été conçue comme une « monnaie de colonisation » : imposer une même monnaie à plusieurs peuples pour faire naître le sentiment d’appartenir à une future nation, les « États-Unis d’Europe ». Or toutes les monnaies plurinationales de l’histoire auraient fini par éclater.
Il cite une étude d’un think tank allemand, le Centrum für Europäische Politik, publiée en 2019. Selon cette étude, l’euro aurait coûté environ 56 000 euros à chaque Français entre 1999 et 2017, l’Italie étant l’autre grande perdante, alors que l’Allemagne et les Pays-Bas en auraient profité. Son explication : l’euro se situe « à mi-chemin » entre ce que vaudraient le mark et la drachme. Il est donc sous-évalué pour l’Allemagne, ce qui dope ses exportations, avec un excédent commercial de l’ordre de 270 milliards d’euros, et surévalué pour la France. Les balances des paiements divergeant, les Français seraient engagés sur une « trajectoire d’appauvrissement continuel ».
Patrick Vignal maintient que l’euro est une monnaie importante face au dollar. Il plaide pour une Europe du partage, qui règle la question des travailleurs détachés et de l’immigration avec les pays partenaires.
L’Europe de Macron éconduite
François Asselineau termine sur le sort des propositions européennes d’Emmanuel Macron : le discours de la Sorbonne du 26 septembre 2017 serait resté lettre morte, et sa tribune publiée dans les 28 pays aurait reçu une fin de non-recevoir d’Annegret Kramp-Karrenbauer, présidente de la CDU. Celle-ci aurait dit non au salaire minimum européen et à la mutualisation des dettes, et proposé que la France cède son siège permanent au Conseil de sécurité de l’ONU à l’Union.
Patrick Vignal conclut qu’il ne veut pas « jalouser nos voisins européens » mais construire avec eux pour redresser l’économie. L’émission retient comme « phrase du jour » une formule de François Asselineau : l’Europe sociale, « c’est du pipeau ».
Éléments de langage du programme
- « Sortir de l’Union est très facile ; ce qui est difficile, c’est d’obliger les européistes à respecter la démocratie. »
- La suppression de l’ISF et les privatisations d’ADP, de la FDJ, d’EDF et de la SNCF, dictées par les GOPÉ.
- L’Union européenne, « précipité » de 28 intérêts nationaux opposés : impossible à réformer, car il faut l’unanimité.
- « Changer l’Europe » : une promesse répétée depuis quarante ans d’élections européennes.
- L’euro, « monnaie de colonisation », qui aurait coûté 56 000 euros à chaque Français.
- Le président de la République, « gouverneur de la province France ».
Résumé et éléments de langage rapportent les positions de l’UPR telles que le parti les présente ; ils ne valent ni approbation ni vérification. Les thèses avancées, notamment historiques, sont à confronter à d’autres sources.
Source : Frexit : la France doit-elle quitter l’Europe ? François Asselineau face à Patrick Vignal, upr.fr, consulté le 20 octobre 2026 ; Le Frexit, pages programme de l’UPR.
Sources
- Vidéo
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Site web
Frexit : la France doit-elle quitter l’Europe ? François Asselineau face à Patrick Vignal (nouvel onglet)
Page de la vidéo sur upr.fr, source de cet article.
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Site web
Le Frexit (nouvel onglet)
Page programme de l’UPR, source des éléments de langage.