Le piège qui pousse TOUS les politiques à mentir
Vidéo publiée le 16 mai 2026 par Praxis, le média d’action citoyenne fondé par François Boulo.
L’essentiel
- Sarkozy, Hollande, Macron : tous se sont présentés en candidats de la rupture, tous ont mené la même politique. Le mensonge est devenu la norme.
- La vidéo distingue quatre techniques : la fausse promesse, la promesse intenable, le mensonge par omission et le mensonge sémantique.
- Les causes sont individuelles (cynisme, mais surtout aveuglement idéologique et appartenance au groupe) et structurelles (professionnalisation de la politique, dérive oligarchique de toute organisation).
- Pour y remédier, Praxis évoque les assemblées tirées au sort et le RIC, et soumet au vote un référendum révocatoire du président de la République.
Le candidat de la rupture, toujours le même
À chaque présidentielle, un personnage et un slogan : le leader énergique du « travailler plus pour gagner plus », le « président normal » dont l’adversaire était « le monde de la finance », le jeune start-upper de Révolution. Derrière l’emballage, une même idéologie : travailler plus longtemps, assouplir le code du travail, donner des milliards aux entreprises sans contrôle, abandonner les services publics, avec quelques réformes de société peu coûteuses pour faire passer le reste.
La communication politique n’est pas nouvelle. Les candidats américains utilisaient déjà slogans et chansons au XIXe siècle ; le général de Gaulle, réticent, a fini en 1965 par recourir aux publicitaires, aux entretiens et au maquillage. Elle est légitime quand elle sert à incarner des idées. Le problème commence quand elle devient une stratégie de carrière : « libérer le travail », « choc de simplification », « pacte de responsabilité » vendent un produit différent pour le même monde.
Quatre techniques de mensonge
La fausse promesse. Promettre puis faire le contraire. Emmanuel Macron assurait ne pas toucher aux retraités et ne pas reculer l’âge légal de 62 ans ; la retraite est passée à 64 ans. Cela fonctionne parce que la mémoire des électeurs est courte : qui se souvient de l’assurance chômage promise aux démissionnaires et aux indépendants ?
La promesse intenable. S’engager sur une mesure dont on sait qu’elle sera bloquée, par la Constitution ou les traités européens, sans proposer de les changer. On pourra ensuite se dire victime du système. Exemple : la taxe à 75 % sur les très hauts revenus de François Hollande, dont un ancien proche affirme qu’elle était conçue pour être censurée par le Conseil constitutionnel, l’idée étant surtout d’empêcher Jean-Luc Mélenchon de lui passer devant.
Le mensonge par omission. Ne retenir que les chiffres favorables : se vanter d’une des plus fortes croissances d’Europe quand elle est inférieure à 1 %, ou d’une baisse du chômage obtenue par des emplois précaires (contrats aidés, micro-entrepreneurs) au prix d’un effondrement de la productivité depuis 2019.
Le mensonge sémantique. Anesthésier la réalité par l’euphémisme (« croissance négative » pour récession), la novlangue technique (« loi de modernisation » pour des coupes budgétaires, « flexibilité » pour moins de protections) ou les grands mots creux. En 2017, Emmanuel Macron ne disait pas qu’il plafonnerait les indemnités prud’homales, faciliterait les licenciements et baisserait massivement l’impôt des grandes entreprises : il voulait « libérer les énergies ».
Pourquoi mentent-ils ?
Le cynisme. Première hypothèse : ils savent ce qu’ils font, mènent une politique de classe au service des puissants et le cachent pour être élus.
L’aveuglement. Hypothèse complémentaire : ils croient à leur propre récit. Hannah Arendt distinguait le mensonge traditionnel, qui cache un fait, du mensonge moderne, qui construit un monde alternatif complet auquel le menteur finit par croire. Formés dans les mêmes écoles et les mêmes cercles, nos dirigeants partagent la même « religion néolibérale » (le marché est roi, l’État est le problème) ; quand elle échoue, ils tordent les chiffres. Admettre une erreur qui structure une identité et une carrière est psychologiquement très coûteux ; d’où le déni (« ce qu’on a fait fonctionne »), le chiffre biaisé, ou le bouc émissaire : subprimes, Gilets jaunes, Covid, guerres.
L’appartenance au groupe. Remettre en cause l’idéologie dominante, c’est perdre réseau, cercles d’influence et soutien de son camp. Simone Weil le décrivait dans sa Note sur la suppression générale des partis politiques : celui qui émet des réserves risque l’exclusion, il est donc condamné à mentir, au public et à lui-même. Il y a « ceux qui ont des convictions et ceux qui ont des ambitions ».
Les causes structurelles
La politique comme métier. Max Weber distinguait celui qui vit pour la politique, au service d’une cause, de celui qui vit de la politique. Quand la subsistance dépend de la réélection, l’intérêt privé prend le pas sur l’intérêt général ; en 2017, des dizaines de députés battus se sont retrouvés à Pôle emploi, certains au bord de la dépression. Mais ne plus rémunérer les élus réserverait la politique aux riches : ce serait une ploutocratie. C’est le paradoxe du système représentatif fondé sur l’élection, qui contient ce « vice originel ». L’affaire Jérôme Cahuzac, niant devant l’Assemblée tout compte à l’étranger, en est l’illustration extrême.
La loi d’airain de l’oligarchie. Pour le sociologue Robert Michels, toute organisation finit en oligarchie. Un parti fondé par des idéalistes grandit, doit recruter des professionnels qui se rendent indispensables et décident sans la base ; le chef s’identifie à l’organisation, et le critiquer revient à critiquer la cause. Michels l’a observé jusque chez les socialistes et les anarchistes du début du XXe siècle. Les grands mouvements actuels, autour d’Emmanuel Macron, de Jean-Luc Mélenchon ou de Marine Le Pen, n’ont guère de démocratie interne. La loi vaut aussi pour l’État. Michels n’en conclut pas à la fatalité : sans contrôle permanent des dirigeants, c’est la tyrannie assurée. Il faut donc « les forcer à vivre pour la politique ».
Les remèdes envisagés
L’assemblée citoyenne tirée au sort. Des citoyens représentatifs, indemnisés et libérés de leur travail, délibèrent sur des lois ou des révisions constitutionnelles, sans enjeu de carrière ni de réélection. Les nombreuses conventions citoyennes menées en Europe montrent qu’ils produisent le plus souvent des avis raisonnables et consensuels. Restent de vraies questions : compétence, neutralité des experts qui les forment, champ de leurs pouvoirs.
Le référendum d’initiative citoyenne. Proposer ou abroger une loi, réviser la Constitution, révoquer un élu à l’initiative du peuple : prometteur, mais à préciser (seuils, fréquence, équité du débat). Praxis propose d’approfondir ces deux pistes avec des experts avant de les soumettre au vote.
Le référendum révocatoire du président. Mis au vote dès maintenant. Le président de la Ve République est juridiquement le dirigeant le plus puissant du monde occidental : chef des armées, il conduit la politique de la nation et peut dissoudre l’Assemblée. Dans l’esprit du général de Gaulle, ces pouvoirs supposaient le soutien du peuple ; Emmanuel Macron, élu deux fois grâce au barrage républicain, a gouverné en minorité, imposé une réforme des retraites rejetée par 70 % des Français et ignoré le résultat des législatives de 2024. Le dispositif proposé : un référendum déclenché par 5 % des inscrits (environ 2,5 millions de signatures), pas avant le premier tiers du mandat, avec révocation à la majorité simple. Il responsabiliserait aussi ministres et députés, puisqu’un nouveau président pourrait dissoudre l’Assemblée. Ce mécanisme existe au Mexique et en Équateur pour le président, et au niveau local aux États-Unis et en Suisse.
Ce résumé rend compte de la thèse défendue par la vidéo ; il ne vaut pas approbation. Praxis assume une ligne engagée : son propos est à confronter à d’autres sources.
Source : Le piège qui pousse TOUS les politiques à mentir, praxismedia.fr, consulté le 20 octobre 2026, également publiée sur YouTube.
Sources
- Vidéo
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Site web
Le piège qui pousse TOUS les politiques à mentir (nouvel onglet)
Page de la vidéo sur praxismedia.fr, source de cet article.