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Réflexions libres d’un citoyen français : Éthique, philosophie et politique

La « Mafia d’Etat » qui ruine la France

Par Abel PERROT, le

Vidéo publiée le 21 mars 2026 par Praxis, le média d’action citoyenne fondé par François Boulo.

L’essentiel

  • Selon Praxis, le pays est dirigé dans l’ombre par quelques milliers de hauts fonctionnaires, ni élus ni connus. La vidéo emprunte à Laurent Mauduit le terme de « caste » et à Vincent Jauvert celui de « voraces ».
  • Le cœur du réquisitoire est le pantouflage : des allers-retours entre l’administration et les grandes entreprises, qui placeraient ces fonctionnaires en conflit d’intérêts permanent.
  • La vidéo dénonce des rémunérations réelles opaques, parfois supérieures à 20 000 euros par mois, des avantages en nature et une quasi-impunité en cas de faute.
  • Elle accuse ce système d’avoir contribué à brader des fleurons industriels, à commencer par Alstom.
  • Praxis propose trois pistes : interdire à vie le pantouflage vers les grandes entreprises, publier chaque année les 150 plus hautes rémunérations publiques et revoir le recrutement de la haute fonction publique.

Le pouvoir de ceux qu’on ne voit pas

La vidéo s’ouvre sur des extraits de ministres hésitants pour poser sa question : « Vous croyez vraiment que les ministres gouvernent la France ? » Pour Praxis, ceux qui dirigent vraiment le pays passent rarement à la télévision. Ils agissent en coulisse et évitent d’attirer l’attention. Le journaliste Laurent Mauduit, cofondateur de Mediapart, les appelle « la caste », et le grand reporter Vincent Jauvert « les voraces ».

Ils ne seraient que quelques milliers, mais très puissants. Depuis la fin des années 1970, ils écriraient les lois et dirigeraient les ministères sans jamais répondre de leurs actes devant les citoyens : « ni élus, ni connus, pas vus, pas pris ». Quelques-uns ont franchi le pas de la politique, comme Emmanuel Macron, Édouard Philippe, Bruno Le Maire, Élisabeth Borne ou François Hollande, tous hauts fonctionnaires. Ce n’est, selon la vidéo, que la partie émergée de l’iceberg.

L’accusation est globale. Ces responsables, dotés de « privilèges extraordinaires », se seraient servis au lieu de servir l’État. La vidéo leur impute la dette publique, la réforme des retraites, l’austérité, les aides au CAC 40, la désindustrialisation et le recul de l’influence française, le tout « en toute impunité ».

Le parcours type d’un haut fonctionnaire

En principe, le statut privilégié d’un haut fonctionnaire est la contrepartie d’une promesse : servir l’État, donc le peuple. Praxis estime que « la machine s’est déréglée » et décrit un parcours type.

  1. La formation. Recruté sur concours à l’ENA (devenue l’INSP), le futur haut fonctionnaire apprend le fonctionnement de l’État. Surtout, il intègre un réseau qui assurera sa carrière, ses avantages et sa protection. Il y serait aussi formé à une pensée unique : alors que la haute administration comptait plusieurs courants avant les années 1980, elle se serait convertie en bloc au néolibéralisme (concurrence, privatisations, flexibilité du travail), jusqu’au « il n’y a pas d’alternative ».
  2. Les grands corps. Diplôme en poche, il rejoint le Conseil d’État, la Cour des comptes ou l’Inspection des finances. À 25 ans, il occupe des postes stratégiques sans expérience professionnelle, avec la conviction d’appartenir à « l’élite de l’élite ».
  3. Les postes de régulation. Pendant dix à quinze ans, il passe par les cabinets ministériels, la direction du Trésor ou d’autres administrations prestigieuses. Il y contrôle des secteurs clés comme la banque, l’assurance, l’énergie et les télécoms, donc les plus grandes entreprises du pays. C’est là, selon Praxis, que naît le conflit d’intérêts : il se constitue déjà un carnet d’adresses chez ceux qu’il est censé surveiller et n’a pas intérêt à froisser un futur employeur.
  4. Le départ vers le privé. Vers 35 ou 40 ans, il rejoint une grande entreprise, une banque ou un cabinet de conseil et multiplie son salaire. L’entreprise achète son savoir-faire, ses informations confidentielles (« vous voulez contourner une loi ? Recrutez celui qui l’a écrite ») et son réseau d’anciens collègues, qui « fluidifie la communication ».
  5. Le filet de sécurité. Il ne démissionne pas : il se met en disponibilité et peut revenir quand il le souhaite. L’État est obligé de le réintégrer, que l’expérience privée ait échoué ou qu’il cherche le prestige d’une grande institution, comme le gouvernement de la Banque de France.
  6. La retraite. Le retour dans le public en fin de carrière permet de calculer la pension sur les six derniers mois de traitement, les mieux payés. Toutes les années de jeune fonctionnaire sont alors valorisées au niveau du salaire de fin de carrière.

Des rémunérations opaques

Les grilles officielles affichent un salaire moyen d’environ 4 000 euros bruts par mois, ce qui paraît modeste au regard des qualifications. Mais Vincent Jauvert, documents confidentiels à l’appui, a révélé que certains hauts fonctionnaires gagnent plus de 20 000 euros par mois. Ils seraient plus de 150 à toucher davantage que le président de la République, soit plus de 16 000 euros.

Ces salaires viennent de primes au fonctionnement « obscur » (prime de rendement, de fonction, indemnité de sujétion) qui multiplient le traitement de base par trois ou quatre. Le cumul avec un mandat électif en est une autre source. La vidéo cite Hervé Gaymard, ancien ministre, qui aurait touché 4 000 euros comme président de conseil départemental et 7 500 euros comme haut fonctionnaire. Il aurait aussi perçu ce salaire pendant un an et demi sans travailler, car il était « en attente d’affectation ».

Ces montants restent secrets. Quand des journalistes demandent à la CADA (Commission d’accès aux documents administratifs) la liste des fonctionnaires les mieux payés, elle refuse au nom de la vie privée. Praxis objecte qu’il s’agit d’argent public et invoque l’article 15 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen : « la société a le droit de demander compte à tout agent public de son administration ». La vidéo raille un autre argument, selon lequel la transparence ferait monter le populisme. Elle rappelle que les pays scandinaves pratiquent la transparence totale et que le Royaume-Uni publie les noms et montants des hauts fonctionnaires payés plus de 150 000 livres par an.

Avantages en nature et impunité

S’y ajoutent les avantages en nature. Les logements de fonction se trouvent dans les beaux quartiers : Bercy aurait loué pour Hervé Gaymard un appartement de 600 m² à 14 500 euros par mois, alors qu’il possédait déjà 200 m² boulevard Saint-Michel. Les voitures avec chauffeur serviraient aussi aux trajets personnels et aux proches. Agnès Saal, enfin, a accumulé 40 000 euros de taxis en dix mois, dont 6 000 euros pour son fils, alors qu’elle disposait d’une voiture avec chauffeur.

La vidéo admet qu’il s’agit de cas extrêmes, mais souligne la légèreté des sanctions. Hervé Gaymard n’a subi aucune poursuite et a seulement remboursé l’équivalent de trois ou quatre mois de loyer. Agnès Saal a écopé de six mois de suspension, de trois mois de prison avec sursis et de 10 000 euros d’amende et de dommages et intérêts, puis a été nommée peu après à un poste consacré à l’égalité et à la diversité au ministère de la Culture. Lors de son procès, elle avait jugé l’épreuve « peut-être disproportionnée ». Praxis y lit le sentiment de payer pour un système généralisé où, d’habitude, personne n’est sanctionné.

Autre exemple : Mireille Faugère, nommée à la tête de l’AP-HP en 2010 avec un salaire de 300 000 euros par an. Elle a été écartée trois ans plus tard, sur fond de critiques sur le recours coûteux à des cabinets de conseil et sur sa gestion. Elle a pourtant reçu 125 000 euros d’indemnités avant d’être nommée conseillère maître à la Cour des comptes, à 9 000 euros nets par mois. Pour Praxis, là où un salarié ordinaire serait licencié pour faute ou incompétence, la « caste » finit toujours par retrouver « une petite place bien au chaud ».

Le pantouflage contre l’intérêt général

Le problème le plus grave, selon la vidéo, est ailleurs : on ne peut pas contrôler une entreprise un jour et en être salarié le lendemain sans risquer de « ménager la main qui vous nourrira ». Au-delà des privilèges, le pantouflage conduirait à vendre « les bijoux de famille » au CAC 40, voire à des multinationales étrangères.

L’affaire Alstom. En 2014, l’inspecteur des finances Hugh Bailey devient conseiller pour les exportations d’Emmanuel Macron, alors ministre de l’Économie. Il suit la vente de la branche énergie d’Alstom à l’américain General Electric et doit notamment veiller à la promesse de créer 1 000 emplois nets en France. Il rejoint ensuite General Electric, dont il devient directeur général France. Au même moment, le groupe annonce la suppression de plus de 1 000 postes à Belfort. La vidéo juge « dérisoire » l’amende payée par l’entreprise. Une plainte d’Anticor a conduit le parquet national financier à ouvrir en 2019 une enquête pour prise illégale d’intérêts, sans condamnation à ce jour.

Le bilan dressé est lourd : des milliers d’emplois perdus, un savoir-faire perdu et une souveraineté nucléaire et militaire entamée. En 2024, l’État a fait racheter par EDF les activités nucléaires cédées, pour 1,2 milliard d’euros. La vidéo cite aussi Alcatel, Technip, Safran et STX parmi les entreprises « bradées » sans veto de l’État, parfois sous la direction d’anciens hauts fonctionnaires, et pose la question d’une « trahison ». Elle distingue : personne ne s’étonne que Bernard Arnault fasse passer ses profits avant l’intérêt général, mais on peut s’indigner que des dépositaires de l’autorité publique le fassent.

L’affaire Pérol. Secrétaire général adjoint de l’Élysée sous Nicolas Sarkozy, François Pérol suit pour l’État la fusion des Banques populaires et des Caisses d’épargne après la crise de 2008. En février 2009, il prend la présidence du nouveau groupe, BPCE : il aurait « cousu son propre costume ». Il est pourtant définitivement relaxé en 2017. La justice a estimé qu’il n’avait pas de pouvoir de décision formel et qu’il n’avait qu’un rôle de conseil.

Pour Praxis, ces affaires montrent qu’un conflit d’intérêts évident ne suffit pas à prouver une prise illégale d’intérêts, tant la loi est floue. La vidéo ajoute que la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique, chargée de contrôler ces départs, en autoriserait 93 %.

Pourquoi rien ne change

Deux justifications sont habituellement avancées, et Praxis les rejette.

  • La fuite des cerveaux. Sans privilèges, les talents partiraient dans le privé. Or ils y partent déjà, malgré ces privilèges. Mieux vaudrait recruter des personnes motivées par le service du pays plutôt que par l’argent : un « supplément d’âme ».
  • La modernisation. Le passage dans le privé formerait aux méthodes modernes. En pratique, c’est l’inverse : ce sont les compétences et le réseau acquis dans le public qui profitent au privé.

Selon Praxis, ce ne sont que des prétextes : le pantouflage est défendu parce que ceux qui gouvernent l’incarnent. Emmanuel Macron est passé de l’ENA à l’Inspection des finances, puis à la banque Rothschild, avant l’Élysée et le ministère. Édouard Philippe est passé du Conseil d’État à la direction des affaires publiques d’Areva. Deux mois et demi après avoir quitté Matignon en 2020, il entrait au conseil d’administration d’Atos, avec qui l’État avait signé de nombreux contrats.

La vidéo y voit un système de cooptation où les élites administratives, politiques et financières forment « un seul et même corps ». Elles viennent des mêmes familles, habitent les mêmes quartiers, fréquentent les mêmes écoles et se marient entre elles. Pendant que les classes populaires et moyennes sont fragmentées, cette « caste » pratiquerait la solidarité de classe et bloquerait toute réforme. C’est pourquoi les tentatives de régulation auraient échoué.

Les solutions proposées

  1. Interdire le pantouflage vers les grandes entreprises, à vie. Un haut fonctionnaire servirait l’État toute sa carrière, en contrepartie de la garantie de l’emploi et de ses avantages, comme le font la plupart des enseignants. Il pourrait se reconvertir dans une petite structure (« élever des chèvres dans le Larzac »), mais jamais rejoindre une grande entreprise, définie par un seuil de chiffre d’affaires. Ce choix entre « l’argent ou le service » écarterait les profils les plus cupides.
  2. Publier chaque année les 150 plus hautes rémunérations de la haute fonction publique sur le site du ministère des Comptes publics, tous éléments de rémunération compris.
  3. Revoir la sélection et la formation des hauts fonctionnaires, pour recruter des personnes ayant déjà fait leurs preuves plutôt que des « bêtes à concours » sans expérience. Praxis reconnaît que ce chantier demande du temps et des experts.

Les deux premières mesures sont soumises au vote des inscrits sur la plateforme Praxis. Le média rappelle qu’il dépend des contributions de ses abonnés.

Points d’attention

La vidéo est un réquisitoire, et plusieurs points méritent nuance. Les montants et les cas cités viennent pour l’essentiel d’enquêtes journalistiques, notamment celle de Vincent Jauvert. L’enquête sur Hugh Bailey n’a pas abouti à une condamnation et François Pérol a été relaxé : parler de « trahison » relève de l’interprétation. La vente d’Alstom Énergie et les autres cessions ont aussi des explications économiques et stratégiques que la vidéo n’expose pas. Enfin, le chiffre de 93 % d’avis favorables de la HATVP inclut en général des avis assortis de réserves.

Ce résumé rend compte de la thèse défendue par la vidéo ; il ne vaut pas approbation. Praxis assume une ligne engagée : son propos est à confronter à d’autres sources.

Source : La « Mafia d’Etat » qui ruine la France, praxismedia.fr, consulté le 20 octobre 2026.

Sources