Qui gouverne la France et l’Europe ?
Conférence enregistrée à Saint-Amour le 27 avril 2012, en version intégrale. Vidéo publiée sur upr.fr le 11 janvier 2013 par l’Union populaire républicaine (UPR), le parti fondé en 2007 par François Asselineau, qui fait de la sortie de la France de l’Union européenne — le « Frexit » — le cœur de son programme.
L’essentiel
- Conférence donnée par François Asselineau dans le Jura le 27 avril 2012, entre les deux tours de la présidentielle. C’est la conférence fondatrice de l’UPR, construite autour de neuf « questions bêtes ».
- Son point de départ : la confidence de François Mitterrand, peu avant sa mort, « nous sommes en guerre avec l’Amérique », une guerre économique « sans mort apparemment, et pourtant une guerre à mort ».
- Sa thèse : la construction européenne a été conçue et soutenue par les États-Unis selon une méthode éprouvée contre le Canada depuis le XIXe siècle, le libre-échange menant à l’annexion. C’est le « stratagème des chaînes » : une union à 27 est ingouvernable et finit dirigée par un « syndic » extérieur.
- De Gaulle l’avait compris et tenté de retourner la machine ; il aurait été neutralisé. Aujourd’hui, l’essentiel des décisions stratégiques échappe aux électeurs, et la seule issue serait la sortie de l’Union par l’article 50.
Une méthode américaine née au Canada
Il remonte à la Boston Tea Party de 1773 : la révolution américaine part d’une question de droits de douane, menée par des colons riches et esclavagistes (George Washington meurt avec 300 esclaves), quand la Révolution française part de l’égalité devant l’impôt. Le billet d’un dollar porte la devise Novus ordo seclorum, « le nouvel ordre des siècles », signe pour lui d’une ambition impériale précoce. En 1812, Andrew Jackson invoque le « droit au libre-échange » pour « égaler les exploits de Rome ».
Après l’échec de la conquête militaire du Canada, les États-Unis auraient inventé une guerre d’un nouveau type. Il cite le rapport de l’agent Isaac Andrews au département d’État en 1854 : il a payé un rédacteur de journal, un procureur, un inspecteur et un député du Nouveau-Brunswick pour « modérer l’opposition », « tranquilliser l’opinion » et « éviter tout débat » sur un traité de libre-échange, prélude à l’annexion. En 1860, un consul américain écrit que le libre-échange transforme « tranquillement mais sûrement » les provinces canadiennes en États de l’Union ; en 1888, le sénateur Sherman veut l’union avec le Canada « par des propositions amicales ». En 1948, le négociateur canadien d’un projet d’union douanière avertit que les politiques nationales seraient alors « décidées à Washington ». Il souligne que les États-Unis se sont étendus par achats et accords (Louisiane, Alaska, Philippines, Hawaï, îles Vierges) autant que par la guerre.
Une construction voulue à Washington
Il rapproche presque mot pour mot la déclaration Schuman du 9 mai 1950 (« L’Europe ne se fera pas d’un coup […] par des réalisations concrètes créant d’abord une solidarité de fait ») et la déclaration Sherman de 1888. Il s’appuie sur le Daily Telegraph du 19 septembre 2000 : selon des archives américaines déclassifiées, les services américains ont financé le Mouvement européen dans les années 1950-1960, via l’American Committee on United Europe et les fondations Ford et Rockefeller, et une note du département d’État de 1965 conseillait de poursuivre « de façon subreptice » l’union monétaire et d’« empêcher tout débat ». Il rappelle le parcours de Robert Schuman (vote des pleins pouvoirs à Pétain, membre de son premier gouvernement) et de Jean Monnet, que de Gaulle jugeait « avant tout soucieux de servir les Américains ». Il accumule les interventions américaines : Eisenhower appelant en 1951 à une constitution européenne, Bill Clinton soutenant l’entrée de la Turquie en 1999, George W. Bush l’élargissement conjoint de l’OTAN et de l’Union en 2001, Condoleezza Rice le « oui » de 2005. Ces thèses historiques sont les siennes et restent discutées par les historiens.
Le stratagème des chaînes
Pourquoi les États-Unis soutiendraient-ils une Europe censée leur faire contrepoids ? Parce qu’elle les sert. Il raconte le 35e des Trente-six stratagèmes chinois : un espion convainc un général d’enchaîner ses navires pour qu’ils tanguent moins ; la flotte, immobilisée, est incendiée. Puis la métaphore de la copropriété : seul dans sa maison, on décide ; à six copropriétaires, il faut négocier ; à vingt-sept, plus personne ne décide et le syndic extérieur tranche. La France veut une monnaie pas trop forte, une Europe sociale, agricole et indépendante ; le Royaume-Uni veut démanteler la politique agricole et se rapprocher de Washington, l’Allemagne une monnaie forte, les pays de l’Est la protection militaire américaine et le refus de l’harmonisation sociale, le Luxembourg ses avantages fiscaux. Il cite la conférence de presse du général de Gaulle du 15 mai 1962 : une Europe intégrée n’aurait pas de politique et se mettrait « à la suite de quelqu’un du dehors », un « fédérateur » qui « ne serait pas européen ». Les cinq ministres MRP démissionnent le soir même. En 1963, de Gaulle confiait à Alain Peyrefitte : « L’Europe supranationale, c’est l’Europe sous commandement américain. »
La contre-stratégie gaullienne et son échec
Faute de majorité sans le MRP, de Gaulle ne pouvait pas quitter la CEE. Il aurait tenté de la retourner, comme en aïkido, en s’appuyant sur les atouts de la France dans l’Europe des Six : superficie, position centrale, agriculture, prestige intellectuel, langue parlée sur tous les continents, siège permanent au Conseil de sécurité, arme nucléaire. Deux conditions : écarter le Royaume-Uni, « cheval de Troie » américain, ce qu’il obtient par son veto ; détacher l’Allemagne des États-Unis, par le traité de l’Élysée du 22 janvier 1963, qui ne mentionne ni l’OTAN, ni le GATT, ni les États-Unis. Mais le Bundestag ratifie le traité en y ajoutant un préambule qui réaffirme l’Alliance atlantique, l’intégration militaire, l’entrée britannique et le GATT : selon lui, l’objectif gaullien est anéanti six mois après la signature. « Les Allemands avaient été mon grand espoir. Ils sont mon grand désappointement. » Il voit dans le « couple franco-allemand » un mythe, en citant l’« alliance germano-américaine pour le XXIe siècle » signée par Gerhard Schröder en 2004 et reprise par Angela Merkel.
« Le monde est vaste »
De Gaulle choisit alors les alliances de revers, comme François Ier s’alliant aux princes protestants et à Soliman le Magnifique contre l’encerclement de Charles Quint. « Le monde est vaste et la France a un grand jeu à jouer. » Il reconnaît la Chine populaire en 1964, est acclamé par des foules immenses au Mexique et en Amérique du Sud, réclame en 1965 le respect de l’étalon-or et convertit en or les dollars de la France, engage la détente avec l’URSS, pratique la « chaise vide » à Bruxelles, quitte le commandement intégré de l’OTAN en 1966, avertit les États-Unis à Phnom Penh, lance « Vive le Québec libre ! » en 1967 et prône une Europe « de l’Atlantique à l’Oural ». À ceux qui l’accusaient d’isoler la France, il répondait : « C’est cela qu’on appelle, paraît-il, être isolé. »
La neutralisation de De Gaulle
Il décrit l’arrivée de méthodes de communication à l’américaine dans la présidentielle de 1965 (la campagne « Monsieur X » de L’Express, Jean Lecanuet), et l’affiche de François Mitterrand : « De Gaulle, c’est la France isolée. » Il présente Mai 68 comme la première « révolution de couleur », en citant des ouvrages selon lesquels la CIA se réjouissait de l’ébranlement du général, et affirme que le Kremlin, via le PCF et la CGT, aurait aidé à y mettre fin. Après le départ de De Gaulle en 1969, Georges Pompidou accepte dès décembre l’examen de la candidature britannique : le « deuxième coup de poignard ». Il juge enfin les grands médias dépendants d’actionnaires étrangers : 20 % de Bouygues, propriétaire de TF1, détenus par un fonds de pension californien, plus de 60 % de Lagardère par des investisseurs institutionnels étrangers.
Une tour de Babel devenue un glacis
À chaque élargissement, poussé selon lui par Washington, le poids de la France diminue : de six à neuf, douze, quinze, vingt-cinq, vingt-sept États, en attendant la Croatie, les Balkans et la Turquie. Vingt-trois langues officielles donnent 506 combinaisons de traduction, d’où le recours à l’anglais : 80 % des documents de la Commission étaient rédigés en français en 1962, 38 % en 1996, environ 7 à 8 % aujourd’hui. La réglementation européenne atteint 250 000 pages et s’accroît d’une page toutes les cinq minutes. En politique étrangère, il compte plus de cent responsables parlant vingt-trois langues et censés « parler d’une seule voix ». Il cite Nicolas Sarkozy en 2005 : « Si vous votez non […] vous allez garder l’Europe telle qu’elle est. Et vous allez continuer à mourir. »
Qui tient la Commission ?
Il dresse le portrait de plusieurs commissaires : José Manuel Barroso, ancien dirigeant maoïste repéré selon lui par l’ambassadeur américain Frank Carlucci, puis boursier de l’OTAN à Georgetown ; Neelie Kroes, ancienne administratrice de sociétés américaines dont Lockheed Martin, qui obtient en 2005 l’abandon du décret anti-OPA de Dominique de Villepin dans l’affaire Arcelor ; Maroš Šefčovič, qui annonce que la Commission filtrera les initiatives citoyennes « stupides » comme l’abolition de l’Union ; Olli Rehn, Siim Kallas, ancien ministre de l’Estonie soviétique, et d’autres formés aux États-Unis. Il estime que plus de 80 % des commissaires sont alignés sur les vues américaines selon les sujets. Le fonctionnaire allemand Klaus Regling, directeur général des affaires économiques, aurait fixé dès 2003 la politique économique de la France : déficit sous 3 %, baisse du coût du travail, flexibilité, recul de l’âge de la retraite, maîtrise des dépenses de santé, ouverture des marchés de l’énergie. Les grands syndicats, membres de la Confédération européenne des syndicats financée par la Commission, feraient manifester contre des « marionnettes ». Il ajoute les think tanks financés par des groupes américains et le réseau de Goldman Sachs : Peter Sutherland, Mario Draghi à la BCE, Mario Monti nommé sans élection président du Conseil italien, Loukas Papadémos en Grèce.
Les conséquences géopolitiques
Pourquoi la Turquie et pas la Russie ? Parce que la Turquie est le flanc sud de l’OTAN et que Washington veut faire coïncider l’Union et l’OTAN. Il cite Le Grand Échiquier de Zbigniew Brzezinski, qui théorise l’encerclement de la Russie, et dénonce le « choc des civilisations » de Samuel Huntington, découpage du monde qu’il juge religieux, raciste et belliciste. L’Eurocorps se présente comme « une force pour l’Union européenne et l’Alliance atlantique » : Union et OTAN sont « les deux faces de la même monnaie ». En s’enfermant dans ce bloc, la France se couperait de la francophonie et de ses amis, au profit des États-Unis ou de la Chine, dont le président est désormais reçu à Libreville comme jadis les présidents français. « Ce n’est pas sortir de l’Union qui isole la France, c’est d’y rester. »
À quoi sert votre bulletin de vote ?
À vous faire croire que vous êtes encore en démocratie. Il passe en revue les compétences de l’Union. Elle a une compétence exclusive sur l’union douanière et la politique commerciale (donc les délocalisations, via l’article 63 du TFUE), la concurrence et les services publics, la monnaie de la zone euro et la pêche. Elle partage les compétences sur le marché intérieur, la politique sociale, l’agriculture, l’environnement, l’énergie, la justice, l’immigration et la santé, un « euphémisme » selon lui. Elle coordonne seulement la culture, le tourisme, l’éducation et le sport, et s’occupe en outre de la politique étrangère. Les lois stratégiques ne seraient plus que des transpositions de directives : « la République française n’est plus qu’un fantôme », « notre démocratie n’est plus qu’une apparence ». Il note qu’un sondage Viavoice d’avril 2012 trouvait 61 % des Français déçus par la campagne, et 70 % la jugeant éloignée des vrais problèmes.
Les sept remèdes
- Sortir de l’euro au plus vite ; il cite Joseph Stiglitz : les premiers à sortir « s’en sortiront le mieux ».
- Rendre à la Banque de France le financement de l’État et des collectivités (article 123 du TFUE).
- Défendre seule ses intérêts à l’OMC.
- Rétablir le contrôle des flux de capitaux, de marchandises et de services.
- Mener une politique étrangère indépendante, sortir de l’OTAN et retirer les troupes engagées dans des « guerres néocoloniales ».
- Sortir de l’Union par l’article 50 : notification, négociation d’un accord de retrait, et sortie de plein droit au bout de deux ans à défaut d’accord.
- Adopter un programme inspiré du Conseil national de la Résistance : renationalisation de TF1, des autoroutes et des réseaux d’eau, inscription dans la Constitution d’EDF, GDF, TDF et La Poste comme sociétés publiques, nationalisation des banques aidées par l’État.
Il conclut sur une médaille de 1848 portant la devise « La France donne l’exemple aux nations ».
Éléments de langage du programme
- « Nous sommes en guerre avec l’Amérique » : la guerre inconnue dont parlait Mitterrand.
- Le « stratagème des chaînes » et le « syndic » de la copropriété à 27.
- De Gaulle et le « fédérateur qui ne serait pas européen ».
- « Empêcher tout débat » : de l’agent Andrews (1854) à la note de 1965.
- Union européenne et OTAN, « les deux faces de la même monnaie ».
- « La République française n’est plus qu’un fantôme. »
- « Ce n’est pas sortir de l’Union qui isole la France, c’est d’y rester. »
Résumé et éléments de langage rapportent les positions de l’UPR telles que le parti les présente ; ils ne valent ni approbation ni vérification. Les thèses avancées, notamment historiques, sont à confronter à d’autres sources.
Source : Qui gouverne la France et l’Europe ?, upr.fr, consulté le 20 octobre 2026 ; Le Frexit, pages programme de l’UPR.
Sources
- Vidéo
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Site web
Qui gouverne la France et l’Europe ? (nouvel onglet)
Page de la vidéo sur upr.fr, source de cet article.
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Site web
Le Frexit (nouvel onglet)
Page programme de l’UPR, source des éléments de langage.