Pourquoi la police française est la plus violente d’Europe
Vidéo publiée le 19 septembre 2026 par Praxis, le média d’action citoyenne fondé par François Boulo.
L’essentiel
- Le 7 juillet 2026, l’Assemblée a adopté en première lecture la présomption de légitime défense pour les forces de l’ordre : en cas de tir, ce serait aux familles des victimes de prouver la faute.
- Selon Praxis, ce texte supprimerait l’enquête immédiate et la garde à vue qui permettent de recueillir les preuves, alors que la police française est déjà la plus meurtrière d’Europe.
- Trois causes sont avancées : une doctrine de maintien de l’ordre répressive, une formation au rabais et un assouplissement du cadre légal en 2017. S’y ajoutent une impunité organisée et un pouvoir politique dépendant de sa police.
- Propositions : faire échouer la loi au Sénat et rendre obligatoire la caméra-piéton allumée en permanence.
La loi sur la présomption de légitime défense
Adoptée par 176 voix contre 157, cette loi, « permis de tuer » pour la gauche et « bouclier pénal » pour la droite, reprend une revendication historique du Front national, portée dès 2007 par Jean-Marie Le Pen. Aujourd’hui, un policier qui tire doit établir qu’il n’avait pas d’autre choix pour protéger sa vie ou celle d’autrui. Le texte inverserait la charge de la preuve.
Les policiers vivent la situation actuelle comme une injustice. Le député LR Éric Pauget, auteur du texte, soutient que la peur des poursuites les ferait hésiter à tirer. Praxis répond que cette hésitation est précisément le discernement attendu d’eux : la force létale doit rester l’ultime recours. Les policiers victimes de violences le sont en général lors d’attaques surprises où ils n’ont pas eu le choix de tirer ; et lorsqu’un tir est justifié, par exemple face à un assaillant armé d’un couteau, aucun policier n’est condamné. Par ailleurs, le nombre de policiers tués en service est deux fois et demie plus faible que dans les années 1980, grâce au gilet pare-balles et à de meilleurs véhicules. Moderniser l’équipement ou revoir les cycles de travail sauverait davantage de vies, mais coûterait de l’argent.
Pourquoi la preuve est décisive
L’affaire Michel Zecler le montre. Le 21 novembre 2020, ce producteur est roué de coups par des policiers dans son studio parisien ; les agents rédigent de faux procès-verbaux l’accusant de violence et de rébellion. Seules les images de vidéosurveillance, publiées cinq jours plus tard, l’innocentent ; les policiers seront jugés en novembre 2026. Sans preuve contraire, la parole policière l’emporte et la victime risque la « double peine ».
Or la présomption de légitime défense supprimerait l’enquête immédiate et la garde à vue automatique du tireur. C’est pourtant à ce moment qu’on l’isole de ses collègues pour éviter toute concertation, qu’on saisit les téléphones et les images de vidéosurveillance (effacées au bout d’un mois, parfois trois jours) et qu’on interroge les témoins. Sans cela, les preuves disparaissent et un policier fautif reprendrait son arme et sa patrouille.
Une police plus meurtrière qu’ailleurs
Depuis les années 1970, près d’un millier de personnes sont mortes à la suite d’une interaction avec la police. En 2021, les forces de l’ordre ont tué 5,5 personnes pour 10 millions d’habitants en France, contre 0,5 au Royaume-Uni. Entre 2011 et 2020, les tirs policiers ont fait 50 % de morts de plus qu’en Allemagne et 377 % de plus qu’en Angleterre ; le nombre annuel de personnes tuées par balle a doublé en vingt ans.
Les victimes ne sont pas toutes des délinquants. Zineb Redouane, 80 ans, est tuée à Marseille en 2018 par une grenade lacrymogène reçue en plein visage alors qu’elle fermait ses volets au quatrième étage, en marge d’une manifestation de Gilets jaunes ; ces grenades doivent être tirées au sol ou en cloche, et le policier a été mis en examen pour homicide involontaire en 2024. Pendant le mouvement des Gilets jaunes, des centaines de manifestants ont été grièvement blessés et une trentaine mutilés (un œil, une main), sans aucune condamnation.
Trois causes
Une doctrine répressive. Dans les années 2000, l’Allemagne, le Royaume-Uni et les pays scandinaves ont misé sur la désescalade et le dialogue avec la foule. La France a fait l’inverse : nasses, contact physique, interpellations de masse, et des armes comme le LBD ou les grenades explosives, proscrites chez ses voisins. Le 16 novembre 2019, place d’Italie, Manuel Coisne, venu manifester de Valenciennes, perd définitivement l’usage de son œil gauche.
Une formation sacrifiée. Selon la Cour des comptes (2020), le recrutement massif s’est fait au prix de critères abaissés et d’une formation raccourcie : douze mois pour un gardien de la paix, contre deux ans et demi à trois ans en Allemagne ou dans les pays nordiques. En 2021, 38 % des policiers n’avaient pas effectué leurs trois séances de tir annuelles obligatoires (douze heures par an).
Un cadre légal assoupli. Après l’attaque de policiers à Viry-Châtillon, la loi Cazeneuve de 2017 a élargi les cas d’usage de l’arme, notamment face aux refus d’obtempérer. Le gouvernement promettait que cela n’augmenterait pas le nombre de morts. Selon les chercheurs Sébastien Roché, Paul Le Derff et Simon Varaine (2022), la loi a été suivie d’un pic de tirs, et les décès liés aux refus d’obtempérer ont été multipliés par cinq. La présomption de légitime défense risque de produire le même effet.
Une impunité organisée
Cédric Chouviat, interpellé le 3 janvier 2020 pour avoir téléphoné au guidon de son scooter, meurt après un plaquage ventral et une clé d’étranglement ; il avait répété sept fois « j’étouffe ». Les policiers ont été renvoyés en correctionnelle après cinq ans d’enquête, une exception. En dix ans, les affaires de violences policières ont augmenté de 60 %, mais le taux d’élucidation a reculé de 25 % depuis 2016 ; en 2024, les auteurs n’ont été identifiés que dans la moitié des cas, et 70 % des procédures sont classées comme « non poursuivables », contre 55 % en 2016.
Les raisons : la loi du silence entre collègues, un matricule d’identification (RIO) souvent illisible ou absent, et des enquêtes confiées à des policiers. L’IGPN, avec 99 enquêteurs pour quelque 150 000 policiers, manque d’indépendance et de candidats ; 90 % des dossiers sont même traités par les services locaux, où l’on enquête sur ses propres collègues. Ailleurs, l’organe de contrôle est indépendant : en Angleterre, son directeur ne doit jamais avoir été policier ; au Danemark, une instance présidée par un haut magistrat, avec un procureur, un professeur de droit et deux représentants de la société civile, traite les affaires graves. L’affaire Geneviève Legay, blessée lors d’une charge à Nice en 2019, est jugée « ubuesque » : l’enquête a été confiée à la compagne du commissaire qui dirigeait l’opération, elle-même présente sur les lieux, et le procureur a reconnu avoir menti pour ne pas contredire le président de la République.
Pour Praxis, le plus grave est politique : un pouvoir qui n’a tenu face aux Gilets jaunes que grâce à sa police s’est mis dans sa main et n’ose plus la rappeler à l’ordre. Or l’État de droit suppose que la police soit la première à respecter la loi ; la confiance des citoyens fait sa force.
Les propositions
- Faire échouer la présomption de légitime défense au Sénat. Une pétition de plus de 700 000 signatures sur le site de l’Assemblée a été classée sans débat ; Praxis ouvre un vote sur sa propre plateforme, qui restera ouvert.
- Rendre obligatoire la caméra-piéton, en état de marche pendant toute intervention : un policier fautif serait condamné, un usage légitime de la force serait établi, et chacun disposerait de preuves matérielles.
Ce résumé rend compte de la thèse défendue par la vidéo ; il ne vaut pas approbation. Praxis assume une ligne engagée : son propos est à confronter à d’autres sources.
Source : Pourquoi la police française est la plus violente d’Europe, praxismedia.fr, consulté le 20 octobre 2026, également publiée sur YouTube.
Sources
- Vidéo
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Site web
Pourquoi la police française est la plus violente d’Europe (nouvel onglet)
Page de la vidéo sur praxismedia.fr, source de cet article.