Comment l’Europe a saboté EDF pour enrichir les traders
Vidéo publiée le 18 juillet 2026 par Praxis, le média d’action citoyenne fondé par François Boulo.
L’essentiel
- La libéralisation européenne de l’électricité devait faire baisser les prix et stimuler l’innovation ; selon Praxis, les factures ont augmenté, EDF a frôlé la faillite et des fournisseurs privés se sont enrichis sans rien produire.
- Le dispositif ARENH a obligé EDF, de 2011 à 2025, à céder un quart de sa production nucléaire à ses concurrents à 42 euros le MWh, sous son coût de production.
- Le prix européen est fixé par la dernière centrale appelée, souvent au gaz : les Français paient une électricité surtout nucléaire au prix du gaz.
- La crise de 2022 a coûté plus de 80 milliards d’euros à l’État. Praxis propose de restaurer le monopole public d’EDF et de facturer au coût réel de production, en gardant les échanges avec les voisins.
Du monopole public au marché européen
Il y a trente ans, EDF produisait, transportait et vendait l’électricité, à des tarifs fixés par l’État. Dans les années 1990, au nom de la construction européenne, naît l’idée d’un marché unique de l’électricité. L’argument est la sécurité d’approvisionnement : l’électricité ne se stocke pas, et l’offre doit égaler la demande à chaque instant, sous peine de black-out. Avec l’essor des renouvelables, intermittents, cette sécurité dépend des échanges entre pays : l’Allemagne, qui produit près de 60 % de son électricité avec du renouvelable, a besoin du nucléaire français.
Mais l’Union ne s’est pas contentée d’interconnecter les réseaux. À partir de 1996, au nom de la libre concurrence, elle a imposé de briser les monopoles publics. Le transport, monopole naturel comme les routes, est resté public (RTE, Enedis). La production et la fourniture ont été ouvertes à la concurrence. Or les fournisseurs n’ont aucune obligation de produire : ils achètent sur le marché pour revendre aux consommateurs. Praxis y voit une construction « purement juridique », sans utilité économique.
L’ARENH, une rente pour les fournisseurs
EDF possédant presque tout le parc, aucun concurrent ne pouvait rivaliser. D’où l’« accès régulé à l’électricité nucléaire historique » (ARENH) : pendant quinze ans, EDF a dû vendre environ 25 % de sa production nucléaire à ses concurrents au prix fixe de 42 euros le MWh, quand son coût de production est d’au moins 60 euros. En contrepartie, les fournisseurs devaient investir dans leurs propres moyens de production. Sans obligation, ils ne l’ont pas fait : acheter à bas prix pour revendre au prix de marché était bien plus rentable. Engie a ainsi versé en 2021 65 % de son résultat net de plus de 5 milliards à ses actionnaires.
S’y ajoutent des pratiques commerciales agressives, voire frauduleuses : condamnations pour démarchage abusif, vendeurs se faisant passer pour EDF. Surtout, une partie de la facture rémunère désormais des actionnaires au lieu d’être réinvestie dans le réseau, sans amélioration du service : EDF offrait déjà des tarifs parmi les plus bas d’Europe.
Le prix fixé par la centrale la plus chère
Sous le monopole, le prix reflétait le coût complet du système (construction et amortissement des centrales et des lignes, exploitation, combustibles), divisé par la consommation nationale. Le marché européen fonctionne autrement. On appelle les centrales de la moins chère à la plus chère, en ne comptant que leurs coûts variables : renouvelables d’abord, puis nucléaire, puis gaz, charbon et fioul. Ce « merit order » a une vertu : il fait tourner d’abord les centrales les moins chères et les moins polluantes. Mais le prix de toute l’électricité est fixé sur la dernière centrale appelée, souvent au gaz. La France produit plus de 60 % de son électricité avec le nucléaire et moins de 10 % avec le gaz ; elle paie pourtant au prix du gaz.
Les tarifs réglementés n’y changent pas grand-chose : Bruxelles interdit à EDF de fixer des prix trop bas, pour ne pas asphyxier les fournisseurs alternatifs. Un ancien président de l’Autorité de la concurrence le résume : il ne s’agit plus de faire baisser les prix par la concurrence, mais de maintenir les prix assez hauts pour permettre la concurrence. Et ces tarifs sont réservés aux particuliers et aux très petites entreprises ; toutes les autres, du restaurateur à la grande industrie, subissent le prix du gaz.
La crise de 2022
En 2022, tout s’enchaîne : guerre en Ukraine et coupure d’une partie du gaz russe, envolée du prix du MWh d’environ 50 euros à plus de 1 000 euros, arrêt de nombreux réacteurs pour corrosion et maintenance, sécheresse réduisant l’hydroélectricité. La production française tombe au plus bas depuis trente ans ; la France, grande exportatrice, doit importer.
EDF, toujours tenu par l’ARENH, doit alors acheter sur le marché à 300, 400 ou 600 euros le MWh l’électricité qu’il revend 42 euros à ses concurrents. Certains fournisseurs poussent leurs clients à résilier pour revendre l’électricité au prix fort ; des clients voient leur facture exploser. Le bouclier tarifaire protège ménages, petites entreprises et communes, mais coûte 72 milliards d’euros à l’État, plus 9 milliards pour racheter les actionnaires minoritaires d’EDF, endetté à près de 50 milliards. Le consommateur a été épargné parce que le contribuable a payé, à crédit.
Une réforme en trompe-l’œil
Ursula von der Leyen, Bruno Le Maire et Emmanuel Macron ont reconnu l’absurdité du système. Bruno Le Maire promettait de « déconnecter le prix de l’électricité du prix du gaz ». La réforme a pourtant conservé le marché, la tarification au coût marginal et les fournisseurs alternatifs. Depuis le 1er janvier 2026, le « versement nucléaire universel » (VNU) remplace l’ARENH : EDF vend toute sa production au prix de marché, et l’État taxe ses revenus à 50 % au-delà de 78 euros le MWh et à 90 % au-delà de 110 euros, pour les redistribuer aux consommateurs. Les prévisions situant le prix sous 78 euros en 2026, rien ne devrait être redistribué. Selon la Cour des comptes (septembre 2025), le dispositif n’apporte pas à EDF la visibilité nécessaire pour investir. Bruxelles conteste même le projet de vendre 30 % de la production des futurs EPR2 par contrats de long terme, alors qu’elle tolère le dumping fiscal de l’Irlande ou des Pays-Bas.
Les propositions de Praxis
Praxis reconnaît un acquis : le merit order à l’échelle européenne. Mais ni baisse des factures, ni innovation : des fournisseurs qui ont ruiné EDF et l’État, et une planification énergétique impossible tant que les prix suivent le gaz. L’électricité étant un monopole naturel, Praxis propose :
- de restaurer le monopole public d’EDF, qui détiendrait progressivement tous les moyens de production ;
- de sortir de la tarification au coût marginal et de facturer l’électricité à son coût réel et complet de production.
Sortir de cette logique ne signifie pas s’isoler : les premières interconnexions entre la France, l’Allemagne et la Suisse datent de 1967, bien avant le marché européen. Avec l’ingénieure Anne Debrégeas (SUD-Énergie), la vidéo défend un marché européen réduit à l’import-export, la France gérant le reste à sa guise. L’obstacle est juridique : il faudrait désobéir aux traités ou les modifier. Le risque de représailles reste incertain, et ce serait l’objet d’une négociation.
Ce résumé rend compte de la thèse défendue par la vidéo ; il ne vaut pas approbation. Praxis assume une ligne engagée : son propos est à confronter à d’autres sources.
Source : Comment l’Europe a saboté EDF pour enrichir les traders, praxismedia.fr, consulté le 20 octobre 2026, également publiée sur YouTube.
Sources
- Vidéo
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Site web
Comment l’Europe a saboté EDF pour enrichir les traders (nouvel onglet)
Page de la vidéo sur praxismedia.fr, source de cet article.