Pourquoi vous ne devez plus croire la télé
Vidéo publiée le 10 octobre 2026 par Praxis, le média d’action citoyenne fondé par François Boulo.
L’essentiel
- Pour Praxis, la propagande des grands médias ne passe pas par de fausses informations mais par le cadre de pensée : un discours économique unique, et des idées alternatives, à commencer par la critique de l’euro, reléguées dans « l’impensable ».
- Les techniques : faits divers qui font diversion, infantilisation, court-circuit émotionnel, invisibilisation, cadrage des mouvements sociaux sur leurs nuisances.
- Les causes : dépendance à la publicité, homogénéité sociale des rédactions et concentration de la propriété ; onze milliardaires contrôlent plus de la moitié de l’audience télé et radio.
- Deux propositions : une seule personne, un seul média (règle du CNR de 1944), et la reconnaissance du vote blanc avec pouvoir d’annulation.
Le cadre plutôt que les faits
Deux Français sur trois n’ont pas confiance dans les médias, mais ceux-ci continuent, selon Praxis, d’« orienter, distraire, diviser ». La vidéo précise que la plupart des informations diffusées sont exactes et que la grande majorité des journalistes sont de bonne foi. Le problème est ailleurs : la propagande moderne s’attaque au cadre de pensée. Les journalistes ne sont jamais objectifs ; ce qui manque, c’est l’honnêteté : reconnaître ses erreurs, analyser sans caricaturer ni diaboliser. Les grands médias déplorent la polarisation qu’ils alimentent en opposant « la République » aux « extrêmes », alors que ceux qu’ils présentaient comme de bons gestionnaires ont ajouté 1 300 milliards de dette et réprimé les mouvements sociaux.
L’économie, domaine roi du discours unique
L’économie dicte nos vies et nos votes ; en contrôler le discours, c’est décider qui est « sérieux » (LR, Renaissance, PS) et qui mènerait au chaos. Depuis cinquante ans, une seule ligne est admise : baisser le coût du travail pour la compétitivité, réduire les dépenses sociales, ne pas taxer les plus riches de peur qu’ils partent. Le keynésianisme, le protectionnisme ou le socialisme au sens doctrinal sont invisibilisés ou raillés.
Le tabou ultime est l’Union européenne, et plus encore l’euro. Ceux qui y voient une cause du déclin industriel, comme Emmanuel Todd, Jacques Sapir ou Frédéric Lordon, ont disparu des grands plateaux. Jacques Nikonoff, ancien haut fonctionnaire et cofondateur d’Attac, n’est jamais invité parce qu’il prône la sortie de l’euro. Les mêmes experts tournent : François Lenglet, Nicolas Bouzou, Jean-Marc Daniel. Selon Acrimed, en 2015, 71 % des économistes invités par Le Monde à parler de l’Union européenne étaient des employés de banque ou d’entreprise, et 3 % seulement des critiques de l’UE ; entre 2008 et 2012, huit économistes, presque tous orthodoxes, se sont partagé la moitié du temps d’antenne sur France 2, France 3 et France 5.
La vidéo mobilise la « fenêtre d’Overton » : les idées se répartissent entre impensables, radicales et acceptables ; seules les dernières deviennent des lois. Cette fenêtre bouge, comme l’a montré le vote des femmes, impensable au XIXe siècle. Les médias ont le pouvoir de la faire bouger ou de la figer. Walter Lippmann, pionnier du néolibéralisme, l’assumait dès 1922 dans Public Opinion : le citoyen, « troupeau égaré », doit être guidé par une élite éclairée qui utilise les médias pour faire accepter ses décisions.
Les techniques
L’effet de loupe. Noyer l’actualité de sujets insignifiants (la rentrée du petit Théo, le camping des Martin). Pierre Bourdieu le disait dès 1996 : « les faits divers font diversion » et prennent le temps d’antenne qui manque pour les sujets structurels.
L’infantilisation. Quand une réforme est rejetée, on parle de « manque de pédagogie » : le problème ne serait pas la réforme, mais l’incompréhension des citoyens.
Le court-circuit émotionnel. Pendant le Covid, on applaudissait les soignants à 20 heures, sans s’interroger sur les fermetures de lits, la tarification à l’activité et vingt ans de restrictions budgétaires.
L’invisibilisation. On trie les invités, et l’on retrouve toujours les mêmes visages.
Le cadrage des mouvements sociaux. On annonce la grève pour parler du trafic, jamais de ses raisons ; on oppose usagers « pris en otage » et grévistes, en taisant le sacrifice financier de ces derniers. Quand la colère déborde, la seule question devient : « condamnez-vous les violences ? » Pour Praxis, que les violences effacent systématiquement les revendications n’est plus un hasard mais un système, qui fait des médias l’agence de communication du pouvoir.
Pourquoi cet alignement ?
La publicité. Un média financé par la publicité vend l’attention de son public aux annonceurs ; le sensationnel l’emporte sur l’analyse, et les grandes marques fuient les contenus critiques. Patrick Le Lay, alors PDG de TF1, l’avait dit en 2004 : « Ce que nous vendons à Coca-Cola, c’est du temps de cerveau humain disponible. »
L’homogénéité sociale. Les journalistes des grandes rédactions sortent des mêmes écoles et des mêmes milieux, et fréquentent les responsables politiques et les milieux d’affaires. Exemple : Léa Salamé, omniprésente sur France 2 et longtemps à France Inter, fille d’un ancien ministre libanais, passée par l’École alsacienne comme Gabriel Attal, compagne de Raphaël Glucksmann. La plupart n’ont pas besoin de se censurer : leur idéologie leur paraît relever du bon sens. Le sociologue Alain Accardo : les horloges n’ont pas besoin de conspirer pour donner la même heure, il suffit qu’elles aient été réglées de la même façon.
La propriété. Les grands médias appartiennent à des milliardaires : Bernard Arnault, Xavier Niel, Vincent Bolloré, la famille Dassault, Matthieu Pigasse, François Pinault, Patrick Drahi, Daniel Křetínský, Rodolphe Saadé. Les journalistes qui dérangent sont écartés. Aude Lancelin, directrice adjointe de L’Obs, est licenciée en 2016 pour avoir donné trop d’écho à la gauche radicale et à Nuit debout ; la justice jugera le licenciement sans cause réelle et sérieuse. Après la prise de contrôle de Canal+ par Vincent Bolloré, les enquêtes de Jean-Baptiste Rivoire sont censurées, son émission supprimée, et il est condamné à verser 150 000 euros pour avoir témoigné ; l’humoriste Sébastien Thoen est licencié pour un sketch moquant CNews, et Stéphane Guy pour l’avoir soutenu. Les médias d’information perdant souvent de l’argent, ce que ces milliardaires achètent, selon Praxis, c’est le contrôle de l’information, pour se protéger et imposer leurs idées. La transformation d’iTélé en CNews en est l’exemple.
Les propositions
« Ce qu’une loi a fait, une autre loi peut le défaire. »
Une personne, un média. Interdire à quiconque de posséder plus d’un média, en comptant toutes les activités d’influence : maisons d’édition, écoles de journalisme, réseaux de distribution. La règle vient des ordonnances de 1944 du Conseil national de la Résistance, adoptées pour que la presse ne retombe pas entre les mains des industriels de la collaboration. Elle a été contournée dès les années 1970 par Robert Hersant, condamné en 1947 pour indignité nationale, qui a racheté Le Figaro, France-Soir, L’Aurore et des dizaines de titres régionaux, puis affaiblie par la loi de 1986, inchangée depuis malgré Internet. D’autres mesures pourront suivre : droit de veto des journalistes sur la nomination de leur direction, refonte de l’Arcom.
Le vote blanc avec pouvoir d’annulation. En choisissant qui passe à l’écran, les médias déterminent l’offre politique : plus on voit un visage, plus il nous devient familier et sympathique (« effet de simple exposition » du psychologue Robert Zajonc). Si le vote blanc arrivait en tête, l’élection serait annulée et les candidats battus ne pourraient pas se représenter. Les citoyens disposeraient ainsi d’un droit de veto sur les candidats imposés par le système médiatique.
La vidéo rend enfin hommage à Henri Maler, fondateur d’Acrimed, dont les travaux l’ont largement inspirée.
Ce résumé rend compte de la thèse défendue par la vidéo ; il ne vaut pas approbation. Praxis assume une ligne engagée : son propos est à confronter à d’autres sources.
Source : Pourquoi vous ne devez plus croire la télé, praxismedia.fr, consulté le 20 octobre 2026, également publiée sur YouTube.
Sources
- Vidéo
-
Site web
Pourquoi vous ne devez plus croire la télé (nouvel onglet)
Page de la vidéo sur praxismedia.fr, source de cet article.