Les 12 impasses de la « construction européenne »
Conférence publiée sur upr.fr le 7 février 2011. Vidéo publiée sur upr.fr le 7 février 2011 par l’Union populaire républicaine (UPR), le parti fondé en 2007 par François Asselineau, qui fait de la sortie de la France de l’Union européenne — le « Frexit » — le cœur de son programme.
L’essentiel
- Dans cette conférence, présentée lors de la campagne des européennes de 2009, François Asselineau énumère douze « impasses » qui condamneraient la construction européenne, de la stratégie américaine à l’uniformisation du continent.
- Selon lui, l’Union européenne ne peut ni fusionner des nations millénaires, ni former un bloc géopolitique ou industriel cohérent, ni reposer sur des valeurs communes.
- Il chiffre son coût pour la France à au moins 60 milliards d’euros par an, contribution, normes et administration comprises, et dénonce un déni démocratique depuis le « non » de 2005.
- Sa conclusion : la probabilité de la fin de la construction européenne est « égale à 100 % ».
Impasses 1 et 2 : une stratégie américaine, une « autre Europe » impossible
Impasse stratégique. Il reprend un article du Daily Telegraph du 19 septembre 2000, selon lequel des archives américaines déclassifiées révèlent le financement du mouvement européen par les services américains dans les années 1950-1960, ainsi qu’une note du département d’État de 1965 recommandant de poursuivre « de façon subreptice » l’union monétaire. Il cite les appels d’Eisenhower à une constitution européenne, de Bill Clinton à l’entrée de la Turquie et de George W. Bush à l’élargissement conjoint de l’OTAN et de l’Union. Selon lui, la construction européenne est un « stratagème des chaînes » : une copropriété à vingt-sept est ingouvernable et finit dirigée par un « syndic » extérieur, les États-Unis. Le général de Gaulle l’avait annoncé en 1962 : une Europe intégrée se mettrait à la suite d’un « fédérateur » non européen. Deux tabous en découlent : l’origine américaine du projet, et la divergence irréductible des intérêts nationaux.
Impasse « alter-européiste ». Les rapports de force interdisent toute « autre Europe ». La France ne pèse qu’un commissaire sur vingt-sept, environ 10 % des députés européens. Lors de la guerre d’Irak, seuls deux ou trois États étaient de son côté. Moins de 10 % des documents de la Commission sont désormais rédigés en français, contre plus de 80 % en anglais. Depuis 1979, tous les partis, Front national compris, promettent de « changer l’Europe » sans jamais expliquer avec qui ni pourquoi cela bloque. Il y voit des « illusions » ou des « mensonges délibérés ».
Impasses 3 et 4 : contre les lois de l’histoire et de la géopolitique
Impasse « entropique ». Les européistes invoquent une loi historique de regroupement des continents. François Asselineau lui oppose l’entropie : tout tend à la division et à la complexification. Il compare la fission nucléaire, spontanée, et la fusion, qui exige une énergie colossale. Le nombre d’États membres de l’ONU est passé de 59 en 1950 à 194 en 2008. Les États-Unis se sont formés à partir d’un noyau unique qui s’est étendu, jamais par fusion d’États préexistants ; les unifications allemande et italienne ont reposé sur un peuple et une langue communs, et sur la force. L’Europe, faite de vieilles nations aux langues multiples, ne peut fusionner que par « lobotomie ». Le risque serait plutôt l’éclatement des États (Belgique, Royaume-Uni, Espagne avec la Catalogne) dans une « Europe des régions » qui servirait les États-Unis.
Impasse géopolitique. La théorie du « monde multipolaire » et du « choc des civilisations » de Samuel Huntington ne correspond pas à la réalité. Les États européens appartiennent à des ensembles concurrents : G8 dont l’Espagne est exclue, Commonwealth (Élisabeth II est cheffe de dix-sept États), francophonie, communauté hispano-américaine, lusophonie, Conseil des États de la mer Baltique, Union pour la Méditerranée, Internationale socialiste. Le monde ne se regroupe pas en continents mais en nations de plus en plus nombreuses, qui coopèrent différemment selon les sujets.
Impasses 5 et 6 : ni champions industriels, ni valeurs communes
Impasse industrielle. Les alliances se nouent à l’échelle mondiale, pas européenne : Ericsson avec Sony, Thomson avec le chinois TCL, Renault avec Nissan, alliances aériennes intercontinentales. Airbus, présenté comme le symbole de l’Europe, s’appuie sur des fournisseurs russes (titane), américains (trains d’atterrissage, électronique, une part des moteurs), canadiens, coréens, australiens et japonais ; aucune institution européenne n’y joue de rôle. Les États-Unis, eux, protègent leurs entreprises, comme lors du refus du rachat d’Unocal par un groupe chinois, tandis que la Commission s’oppose au « patriotisme économique » de Dominique de Villepin et aux fusions de groupes européens.
Impasse sociologique. Il n’existe ni valeurs communes ni peuple européen. Sur le divorce (interdit alors à Malte), l’avortement (législations polonaise, irlandaise ou maltaise très restrictives), la laïcité (crucifix dans les écoles en Allemagne, en Irlande, en Pologne) ou l’origine du pouvoir (sept monarchies, dont six de droit divin selon lui), les Européens divergent profondément. Les sites des monarchies n’affichent aucun drapeau européen. Il cite aussi les hommages officiels rendus en Lettonie et en Estonie à d’anciens combattants des Waffen-SS. « L’homo europaeus n’existe pas, pas plus que l’homo sovieticus. »
Impasses 7 et 8 : la guerre et l’injustice
Impasse militaire. L’élargissement de l’Union a été précédé de l’adhésion à l’OTAN ; l’Eurocorps se présente comme une force « pour l’Union européenne et l’Alliance atlantique ». Pour lui, Union et OTAN sont les deux faces d’une même médaille, et l’engagement en Afghanistan montre que « l’Europe, c’est la guerre ». Il n’y aurait que deux choix cohérents : l’Europe avec l’OTAN, ou ni l’une ni l’autre.
Impasse morale. Par habitant, l’Union verse beaucoup plus aux nouveaux membres (90 fois plus à Malte ou à Chypre qu’à la Tunisie, 200 fois plus à la Lituanie qu’au Maroc) qu’aux pays francophones avec lesquels la France a une histoire et des responsabilités. Vue d’Afrique, la France semble disparaître. Il compare la photo de famille du Conseil européen, uniformément blanche, à celles du Commonwealth, de la communauté lusophone ou de la francophonie, et qualifie la construction européenne de « racialiste ».
Impasse 9 : le coût
Le budget européen a connu une croissance exponentielle et représente près de 7,5 % des recettes fiscales nettes de la France. En 2008, la France a versé 19 milliards d’euros et en a récupéré 12, présentés sous le drapeau européen alors qu’il s’agit de son propre argent, soit 7 milliards de contribution nette. S’y ajoutent cofinancements, sanctions pour retard de transposition (dont la directive OGM), le siège de Strasbourg et les indemnités des eurodéputés. Les normes européennes, passées de quelques dizaines de pages en 1961 à près de 200 000, imposent en outre des coûts administratifs aux collectivités, à l’État et surtout aux entreprises. Son estimation totale, reprise en partie de l’association Contribuables associés : au moins 60 milliards d’euros par an, peut-être la cause principale de la faible croissance européenne.
Impasses 10 à 12 : l’euro, la démocratie, l’uniformisation
Impasse monétaire. La BCE n’a qu’un objectif d’inflation, aucun objectif de change. L’euro fort pénalise bien plus la France que l’Allemagne, dont les produits haut de gamme sont peu sensibles au prix (une Mercedes se vend même chère, une Renault non face à une Hyundai). La zone euro serait la plus touchée par la crise de 2008-2009. Il juge le démembrement de l’euro inéluctable.
Impasse démocratique. Les Français ne décident plus de presque rien de stratégique. Il accumule les citations de responsables européens méprisant le vote populaire après le « non » de 2005, rejet contourné par le traité de Lisbonne. Il parle de « fascisme bleu », imposé par le verrouillage médiatique et la présélection des candidats, et appelle à ne pas participer aux élections européennes : « quand on est en prison, on ne vote pas pour choisir son geôlier ».
Impasse de l’uniformisation. Reprenant David Hume, il explique la grandeur de l’Europe par sa division : comme un joueur qui coche vingt-sept grilles différentes au loto, des États concurrents multiplient les expériences (commerce, techniques, accueil des opposants comme Descartes ou Voltaire). Vouloir uniformiser le continent est le fantasme de tous les empires, cause de leur sclérose et de leur chute. Les jeunes générations rejettent déjà le projet : en 2005, seuls les plus de 60 ans ont voté « oui ». Comme l’URSS « indestructible », l’Union disparaîtra.
Éléments de langage du programme
- La « construction européenne », entre guillemets, est une « destruction » et une « dictature qui ne dit pas son nom ».
- Le « stratagème des chaînes » et le « syndic » américain.
- L’« autre Europe » : illusion ou mensonge délibéré.
- La loi de l’« entropie universelle » condamne la fusion des nations.
- « L’Europe, c’est la guerre » : Union européenne et OTAN, deux faces d’une même médaille.
- La probabilité de la fin de la construction européenne est « égale à 100 % ».
Résumé et éléments de langage rapportent les positions de l’UPR telles que le parti les présente ; ils ne valent ni approbation ni vérification. Les thèses avancées, notamment historiques, sont à confronter à d’autres sources.
Source : Les 12 impasses de la « construction européenne », upr.fr, consulté le 20 octobre 2026 ; Le Frexit, pages programme de l’UPR.
Sources
- Vidéo
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Site web
Les 12 impasses de la « construction européenne » (nouvel onglet)
Page de la vidéo sur upr.fr, source de cet article.
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Site web
Le Frexit (nouvel onglet)
Page programme de l’UPR, source des éléments de langage.