Mélenchon seul contre tous ? Comprendre (enfin) le débat économique
Vidéo publiée le 12 septembre 2026 par Praxis, le média d’action citoyenne fondé par François Boulo.
L’essentiel
- Le débat organisé par le MEDEF a réuni sept candidats à la présidentielle de 2027 pendant trois heures, sans véritable confrontation. Praxis le recompose thème par thème.
- Quatre candidats (Bruno Retailleau, Gabriel Attal, Édouard Philippe, Marine Le Pen) prolongent la politique de l’offre : baisses d’impôts de production, déréglementation, économies sur les dépenses sociales.
- Raphaël Glucksmann et Marine Tondelier veulent davantage taxer les plus riches, mais sans stratégie de rupture avec l’Union européenne, ce qui les condamne, selon Praxis, à l’impuissance.
- Jean-Luc Mélenchon est le seul à proposer une alternative cohérente (conditionnalité des aides, planification, désobéissance aux traités), avec des fragilités que les autres ne discutent même pas.
Le contexte : l’échec de la politique de l’offre
Praxis se dit a-partisan, mais pas neutre : la vidéo assume de distinguer les arguments qu’elle juge pertinents. Le débat se tient sur fond d’échec du macronisme, alors que deux candidats ont été Premiers ministres d’Emmanuel Macron et un troisième son ministre de l’Intérieur. Édouard Philippe revendique la politique de l’offre et veut la continuer.
Le pilier de cette politique, environ 60 milliards d’euros par an d’aides et d’allègements aux entreprises, n’a selon Praxis créé ni richesse ni emplois durables ; la croissance est quasi nulle en 2026. Sans ces mesures, le déficit serait d’environ 90 milliards au lieu de 150, soit 3 % du PIB, la limite fixée par les traités. Jean-Luc Mélenchon le résume : le déficit, c’est « le total des cadeaux fiscaux ».
Dix sujets, des lignes de fracture nettes
Impôts de production. Bruno Retailleau veut les baisser de 40 milliards supplémentaires, sans dire comment il finance cette baisse. Marine Le Pen veut supprimer la CFE, la CVAE et la C3S, environ 15 milliards. Gabriel Attal vise la seule CVAE, environ 4 milliards. Édouard Philippe propose de supprimer 50 milliards d’aides pour baisser d’autant les impôts de production, une opération blanche. Marine Tondelier et Jean-Luc Mélenchon refusent toute nouvelle baisse et veulent conditionner les aides : critères écologiques pour l’une, emploi et investissement pour l’autre, avec remboursement en cas de délocalisation ou de hausse des dividendes. Raphaël Glucksmann ne propose rien sur ce point.
Normes. Les mêmes quatre candidats promettent de supprimer des normes ; Bruno Retailleau veut abroger par ordonnance une centaine de normes « stupides », seuils et SMIC compris. Praxis rappelle que la facturation électronique obligatoire, imposée depuis le 1er septembre 2026, complique la vie de millions d’entreprises.
Dépenses sociales. Édouard Philippe veut ramener l’indemnisation chômage de 18 à 12 mois ; Bruno Retailleau plafonner les aides sociales à 70 % ; Marine Le Pen économiser 8 à 15 milliards sur l’immigration. Des sommes sans commune mesure avec un déficit de 150 milliards : la dernière réforme de l’assurance chômage n’a rapporté que 2 milliards.
Le déficit, par le haut ou par le bas. Combler le déficit par les seules économies exigerait un « traitement de cheval », par exemple baisser de 20 % les retraites (80 milliards) et les salaires des fonctionnaires (70 milliards). Et même cela échouerait : la dépense publique irrigue l’économie, sa baisse réduit la consommation, les recettes fiscales et l’activité. La seule voie durable est de créer de la richesse, donc de réindustrialiser. Raphaël Glucksmann pose bien ce diagnostic : la dette vient de la désindustrialisation des années 1980-1990. Un troisième levier peut compléter : taxer davantage les plus riches et les grandes entreprises.
Fiscalité des riches. Un impôt sur les sociétés progressif est défendu par Marine Le Pen, Marine Tondelier et Jean-Luc Mélenchon. Sur les ultra-riches, Marine Le Pen rejoint le bloc central dans le refus ; Marine Tondelier et Jean-Luc Mélenchon soutiennent la taxe Zucman (2 % par an sur les patrimoines de plus de 100 millions d’euros) ; Raphaël Glucksmann promet une taxation plus modeste. Sur les très gros héritages, Glucksmann, Tondelier et Mélenchon veulent taxer, les quatre autres non.
Pouvoir d’achat. Le bloc central veut « rapprocher le net du brut » en baissant les cotisations. Praxis y voit une « arnaque » : les cotisations sont un salaire différé (retraite, chômage, maladie) ; les baisser, c’est réduire la Sécurité sociale et pousser vers des assurances privées plus chères. Marine Le Pen propose une baisse de TVA sur les produits de première nécessité et l’énergie, Raphaël Glucksmann une baisse de CSG : l’État subventionne alors le pouvoir d’achat. Marine Tondelier et Jean-Luc Mélenchon veulent augmenter le SMIC et les salaires, la consommation populaire représentant la moitié du PIB, avec des aides pour les PME. La question de leur capacité à absorber ces hausses reste ouverte.
Retraites. Le bloc central veut reculer l’âge de départ et introduire de la capitalisation, deux options jugées injustes et inégalitaires. Les autres veulent abroger la réforme de 2023 et revenir à 62 ans. Jean-Luc Mélenchon vise 60 ans à terme, pour un coût de 30 à 50 milliards.
La question centrale : l’Union européenne
Pour Praxis, tout dépend de ce sujet, notamment la réindustrialisation. Le bloc central ne propose rien. Marine Le Pen se limite devant le MEDEF à réduire la contribution française au budget européen, alors que le programme du RN de 2024 prévoyait de sortir du marché européen de l’électricité. Raphaël Glucksmann et Marine Tondelier, européens convaincus, veulent « taper du poing sur la table » à Bruxelles pour une Europe sociale et protectrice. Une promesse déjà faite par Nicolas Sarkozy, François Hollande et Emmanuel Macron : ce dernier a mené toutes les réformes structurelles réclamées par l’Allemagne, sans rien obtenir en retour.
Jean-Luc Mélenchon est le seul à assumer la désobéissance aux traités si les intérêts des Français l’exigent. Réindustrialiser suppose une politique commerciale souveraine (droits de douane, quotas, aides ciblées), ce que font les États-Unis et la Chine, mais que les traités interdisent, à l’intérieur du marché unique face à l’Europe de l’Est comme à l’extérieur, où il faut l’accord des 27. Un économiste cité rappelle qu’avec l’euro, le président français n’a pas de pouvoir économique réel, faute de création monétaire. Praxis précise que la désobéissance pourrait mal finir, comme en Grèce sous la tutelle de la troïka, mais que Mélenchon a au moins le mérite de la lucidité.
Le bilan du débat
- Le bloc central et la droite partagent un même dogme : l’État coûte trop cher, la France ne travaille pas assez ; « tout droit dans le mur ».
- La « gauche des bonnes intentions » cherche un compromis avec le capital mais, faute de rupture européenne, finirait comme François Hollande.
- Le RN tente une synthèse ambiguë : retraite à 62 ans, mais suppression des impôts de production et refus de taxer les grandes fortunes. Marine Le Pen se serait « chiraquisée ».
- Jean-Luc Mélenchon propose une alternative argumentée, relance par les salaires, financement par la rente et planification industrielle (textile, bois, ferroviaire, spatial), avec des questions sérieuses : sortie des traités, retraite à 60 ans, capacité des entreprises à augmenter les salaires.
Exemple de débat esquivé : Édouard Philippe et Gabriel Attal se félicitent des investissements étrangers ; Jean-Luc Mélenchon objecte qu’une grande part correspond à des rachats et fusions-acquisitions, souvent suivis de restructurations, et non à de nouvelles usines. Personne ne lui a répondu.
Enfin, Praxis critique le format : des questions posées par des chefs d’entreprise orientent le débat vers leurs attentes (moins de charges, moins de normes). Elles laissent dans l’ombre ce que l’État apporte à l’activité, comme le crédit, l’investissement public et les infrastructures, et avantagent ainsi les candidats qui disent aux patrons ce qu’ils veulent entendre.
Ce résumé rend compte de la thèse défendue par la vidéo ; il ne vaut pas approbation. Praxis assume une ligne engagée : son propos est à confronter à d’autres sources.
Source : Mélenchon seul contre tous ? Comprendre (enfin) le débat économique, praxismedia.fr, consulté le 20 octobre 2026, également publiée sur YouTube.
Sources
- Vidéo
-
Site web
Mélenchon seul contre tous ? Comprendre (enfin) le débat économique (nouvel onglet)
Page de la vidéo sur praxismedia.fr, source de cet article.